stéfanie moshammer

les tribulations

Panneau USA stefanie moshammer

En mars 2014, Stefanie Moshammer, photographe Autrichienne, en séjour à Las Vegas, découvre à sa porte un homme, Troy C. Il dit être à la recherche de son ex-petite amie. Quelques jours plus tard, elle reçoit une lettre d’amour. L’inconnu est tombé sous son charme et tente de la convaincre de s’envoler avec lui vers le rêve américain. Aussi effrayante que troublante, l’expérience pousse Stefanie Moshammer a réaliser une série de photographies I can be her, sur plus de quatre ans.

« Troy C. a crée sa propre perception de moi dans sa lettre, j'ai décidé de créer ma propre perception de lui.  »  

car usa stefanie moshammer photographie

Quelle a été ta première impression de Troy lorsque tu l’as vu à ta porte?

J’ai ouvert, nous avons parlé brièvement. Il m’a dit qu’il était à la recherche de son ex-petite amie. Je ne saurai jamais s’il disait la vérité. J’ai refusé de le laisser entrer et il est revenu 10 minutes plus tard, frappant à nouveau à la porte. Je ne pensais pas trop à la situation dans son ensemble à ce moment-là.

Seulement la semaine suivante, quand sa lettre a atterri dans ma boîte aux lettres, j’ai réellement repensé à cette rencontre. C’était un homme d’âge moyen, peut-être 38 ans; cheveux roux, peau claire, un peu nerveux, alerte et curieux. Il était réservé, pas vraiment exigeant. Il portait un ensemble pantalon-veste en jean.

 

"Ses pensées en disent long sur la culture américaine et la façon dont les hommes s'obsèdent à poursuivre les femmes là bas."

Le genre d’amour que Troy te propose est un amour qui repose sur le matérialisme. Cela ressemble à une transaction commerciale: Sois à moi et tu auras « une belle voiture  presque neuve et un ticket pour la citoyenneté américaine ». C’est à la fois cynique et innocent. Était-ce le sentiment que tu avais lorsque tu as lu la lettre pour la première fois?

Pour moi, cette lettre est un reflet voire une personnification de la ville de Las Vegas et des États-Unis en général. Vegas est un lieu plein de contradictions, un lieu qui repose presque entièrement sur l’illusion, le fantasme et le désir.

Troy a mis en image cela avec ces mots dans cette lettre, sans le réaliser. Ses pensées en disent long sur la culture américaine et la façon dont les hommes s’obsèdent à poursuivre les femmes là bas.

" On commence toujours par inventer la personne avec qui on veut être, ce n'est qu'ensuite qu'on en apprend un peu plus à son sujet."

Pourquoi les visages des femmes sont-ils cachés dans ta série?

I can be her parle de cette lettre, d’une personne qui existe mais qui n’existe pas non plus. Elle aborde des questions sur la réalité et l’imaginaire, en particulier en ce qui concerne l’amour, perçu par Troy de manière essentiellement factuel. On commence toujours par inventer la personne avec qui on veut être, ce n’est qu’ensuite qu’on en apprend un peu plus à son sujet. Dans sa lettre, Troy fantasmait une version de moi. Je peux être ELLE – la femme qu’il imagine, fantasme, rêve – mais je peux aussi être une autre femme. Il n’était donc pas nécessaire pour moi de montrer un certain visage de femme.

deux personnes sous une veste blanche

Depuis 2016, tu développes une autre série intitulée Tomorrow of Yesterday. Pourrais-tu nous raconter ?

Les images de Tomorrow of Yesterday proviennent d’Haïti, principalement de l’Île-à-Vache. Il y a aussi des photographies prisent à New-York.
M’immerger dans la culture d’Haïti m’a permit de me confronter à ma propre culture occidentale. Un très grand nombre d’objets abandonnés dans nos pays atterrissent là bas, des vêtements aux voitures. Ces rebuts sont le miroir de notre société de consommation. Visuellement c’est assez effrayant.

 

Je voulais créer des images qui parleraient de paradis – mais à la fois quelque chose qui évoquerait une fracture entre des idéaux occidentaux et la réalité sur cette île. À New York, j’ai poursuivi mon travail sur les vêtements abandonnés. Je suis allée dans un entrepôt à l’Est de la ville où tous les vêtements finissent. Ils sont triés et une seule petite quantité de vêtements est recyclée et vendue dans des magasins de seconde main. Les pièces non-approuvées sont déchiquetées ou deviennent des ordures. Le plus gros fini en Haïti.

Les textiles dans mes ready-mades sont des réincarnations de personnages vivants. Ils représentent l’histoire et la fugacité et réfèrent à cette prolifération de vêtements abandonnés sur l’Ile d’Haiti.

Interview: Alice Lahana

Crédits photo: Stefanie Moshammer

 

http://stefaniemoshammer.com/

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