empreinte

annika frye

annika frye portrait the improvisation machine

Chercheuse et designer Allemande, Annika Frye travaille entre la théorie et la pratique. Elle explore avec rigueur les qualités techniques et esthétiques du design industriel et les processus expérimentaux qui en découlent. Sa machine à improvisation émerveille par la subtilité de son processus. Des volumes géométriques se forment sous nos yeux au rythme des rotations de cet objet bricolé et le résultat est simplement prodigieux.
Sous une proposition de la designer, nous nous sommes rencontrées au Museum de Dinge à Berlin – l’occasion d’en découvrir un peu plus sur ses nombreux écrits, dans une atmosphère chargée d’histoire.

Pourrais-tu nous en dire plus sur le concept d’interface et comment il apparaît dans ta pratique?

J’utilise le terme interface comme un artefact hybride entre le numérique et l’analogique. Cette notion d’interface a été développée par Gui Bonsiepe, concepteur en design, qui faisait partie de HfG Ulm et qui a par la suite travaillé sur le projet Cybersyn (un prototype d’Internet censé connecter les entreprises publiques sous le gouvernement de Salvador Allende). Il développe ici une première approche de l’interface en tant qu’entité. Selon lui l’interface n’est pas un objet tangible et n’est pas non plus limitée à un écran. Il souligne dans son ouvrage que «  L’interface n’est pas une chose, mais la dimension dans laquelle s’articule l’interaction entre le corps et l’outil.» De nos jours, nous devons comprendre qu’une interface peut être à peu près tout, même un produit très simple. Une paire de ciseaux, par exemple, doit avoir une interface pour permettre à l’utilisateur d’interagir avec l’objet et de l’utiliser.

 

Ma pratique porte donc sur ce réseau de significations et d’interactions référencées par l’interface. Je suis particulièrement intéressée par les modifications du processus de conception dues au support numérique. J’ai récemment créé des projets tels qu’une installation en réalité virtuelle dans le cadre du projet «Design Patterns». Les questions qui en découlent sont les suivantes: Comment les nouvelles interfaces modifient-elles le processus de conception? Comment peuvent-elles modifier l’objet de conception ou même créer un chevauchement entre processus et produit?

Ton projet Digital Wood est-il une tentative de saisir l’insaisissable  ?

Pour ce projet, j’ai exploité la numérisation 3D et l’impression 3D et j’ai voulu imaginer un nouveau type artefact entre le numérique et l’analogique. A cette période, je participais à la BIO 2017, la biennale du design en Slovénie, organisée par Maja Vardjan et Angela Rui. Matali Crasset nous a encouragés à développer un projet sur « Les forêts occupées ». Nous menions notre projet dans la forêt vierge de Kocevje, près de la frontière croate. J’ai simplement scanné nos plats en décomposition mais aussi les racines, les champignons et les branches de bois pour créer de nouveaux objets numériques. J’utilise la numérisation 3D de façon archéologique, c’est à dire en stockant une forme de manière très formelle. Bruno Latour a effectué des travaux sur la corrélation entre la représentation et l’objet réel – Ces textes m’ont particulièrement inspiré.

 

annika frye design project wood impression 3D

Quelle est la place de l’artisanat dans ta pratique?

L’artisanat occupe une place très importante dans mon travail. Ce n’est pas juste l’objet selon moi qui peut être conçu de façon artisanal mais le texte aussi. De manière générale, j’aimerais disposer de plus de temps dans ma pratique pour explorer plus en profondeur des concepts et des techniques manuelles, comme lorsque j’étais doctorant à Offenbach.

 

 

 

Interview: Alice Lahana

Crédits photo: Annika Frye (1,2,5,6)

                    Alice Lahana (3,4: catalogue Annika Frye et Matylda Krzykowski), (7)

  

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