camille benarab-Lopez

les mirages

Cadre impression photographie

L’espace est presque vide, seuls les murs sont habillés. Par la grande vitre de la galerie Chloé Salgado, on aperçoit d’abord une pièce en céramique de l’artiste Côme Clérino, fixée au niveau du regard. De l’autre côté, l’artiste Camille Benarab Lopez y a suspendu l’une de ses impressions. Pensée pour cette exposition, elle n’est fixée que sur une tranche et balance sous le poids de la main. Comme un volet à demi ouvert, elle nous invite à découvrir son verso et pointe une autre impression, celle-ci parfaitement alignée au centre du troisième mur. Plus loin, le dialogue entre les deux artistes se répète, sobrement, sans artifices ni prétention.

Cadre écran impression tirage

Leur face à face ne date pas d’hier. Ils partagent «  le même atelier, la même table  » raconte Camille. « Ce qui nous lie, c’est probablement les couleurs, parfois les formes et les matières. Mais là où Côme crée des images avec ses mains, j’emprunte de mon côté des images qui existent déjà. » Le processus de la jeune artiste est surprenant tant il est fait d’étapes aussi précises que singulières. L’obsession est son point de départ. Elle parcourt des livres des journées entières à la bibliothèque, à la recherche d’images dont la banalité règne. « Je les classerai un jour. Elles n’ont l’air de rien mais chacune d’entre elles porte une signification. » Elle les photocopie, pour les archiver une première fois – les collectionne, sans savoir quoi trop en faire – les observe, en se disant que les même thèmes reviennent. D’abord le passage, signifié par les portes et les fenêtres. Puis la projection, à travers des paysages, qui invitent à rêver. Ensuite les mains, qui saisissent des objets, les apprivoisent du bout des doigts. Et enfin sans surprise l’archive, obsession ultime de l’artiste.

Archiver des photographies de piles de papier en les photocopiant: c’est absurde pour le commun des mortels mais fondamental pour Camille Benarab Lopez. Confinée pour cause de pandémie, l’artiste se reporte sur la capture d’écran. Dans sa pièce à demi fixée au mur, on perçoit vaguement une image. Empruntée de la série policière True detective, elle n’a ici que l’exigence d’être présente. Son histoire importe peu, sa provenance aussi. C’est une forme et elle s’incarne tel quel. Par l’impression, l’artiste donne corps à l’image, l’archive une seconde fois, tout en la modifiant de son geste. Celui-ci marque les étapes, si bien que même les cadres sont réalisés par ses soins. Soudés sur mesure, les tubes métalliques délimitent l’image qui n’aurait de consistance sans la résine sur laquelle elle est déposée.

Comme la soudure qui, dans un instant d’inattention, risque de cramer la rétine, la résine polyréthane, toxique et malodorante assomme celui qui s’en approche, avec ou sans son masque. Véritable mise à l’épreuve du corps, le processus de l’artiste naît de sa frustration «  de l’image plate  ». Le passage n’est pas seulement un thème récurrent dans son travail, il marque sa création de manière concrète et rythme son désir de donner vie et forme à l’image. Entre le figuratif et l’abstraction, les impressions de l’artiste raisonnent en nous comme de vieux souvenirs. Archives du banal, elles semblent léviter sous nos yeux dans la transparence et la réminiscence.

Article: Alice Lahana

Crédits photo: Camille Benarab-Lopez

http://www.camillebenarablopez.fr/

 

Cadre 14 (Fenêtres liquides)
100 x 70 x 20 cm
Sérigraphie sur résine polyester, impression jet d’encre sur papier Japon, silicone, résine polyuréthane, acier


Écran 1
2019
Impressions jet d’encre sur papier, sérigraphie sur PVC et résine acrylique, silicone, acier
180 x 130 x 35 cm

Structure 1
2018
Impression jet d’encre sur Japon, silicone, transfert sur bâche, acier
200 x 125 x 90 cm

Diptyque I
2019
Impressions jet d’encre, résine élastomère, résine polyester, émulsion photographique sur résine acrylique, transfert sur bâche, cire, silicone, acier
200 x 150 cm chacun

Structure 5
2019
Sérigraphie sur résine acrylique et silicone, acier
120 x 90 x 110 cm

La part manquante (bleu)
70 x 50 cm
Sérigraphie sur résine polyester, impression jet d’encre sur papier Japon, silicone, résine polyuréthane, acier

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