Clément Mancini

apprivoiser la matière

Clément Mancini Paint

Habité par un besoin constant de détourner la matière, le jeune peintre Clément Mancini parvient à en expérimenter toutes les facettes en s’imposant un laisser-aller. Quand il n’accumule pas les éléments les uns sur les autres, il creuse des couches épaisses de plâtre, fait naître des empreintes avec de l’acétone, ou encore travaille «  son format  » par de larges aplats de couleurs aussi vibrantes que berçantes. Il nous reçoit aujourd’hui dans son atelier partagé à Montrouge.

"J'avais la sensation d'avoir atteint des limites et je sentais le besoin d'aller vers autre chose. Je recherchais d’avantage de textures."

Clément Mancini peinture portrait

Quand tu étais plus jeune, tu faisais du graffiti. Que reste-il de cette période  ?

Je crois que je n’en ai pas gardé grand chose si ce n’est la fascination pour la ville. Les affiches déchirées et les murs dégradés ont toujours fortement retenu mon regard. Je transpose peut être cette curiosité différemment maintenant. Ces derniers temps par exemple, je travaille avec du plâtre. Je créé des aspérités en le confondant, encore humide, avec de la peinture. J’aime aussi dessiner des lignes en les creusant à même la matière.

Le plâtre est apparu comme un point de rupture dans ta pratique ?

Oui, absolument. J’avais la sensation d’avoir atteint des limites et je sentais le besoin d’aller vers autre chose. Je recherchais d’avantage de textures. Même si la peinture me permettait déjà d’en créer, ça ne me suffisait plus. J’aime composer avec les deux, les possibilités sont infinies.

Ce qui m’intrigue dans tes toiles, c’est la façon dont chaque élément occupe parfaitement sa place comme si tout était prédéfini en amont. Est-ce le cas  ?

Non au contraire, j’ai beaucoup de mal à réaliser des croquis par exemple. Je ne sais pas trop où je vais au début, j’ai plus tendance à me laisser aller et à jouer avec les imprévus. Mais, en effet, à un certain moment, je ressens le besoin de structurer l’ensemble. Et parfois je bloque, je ne vois plus rien et je m’éloigne de la toile pendant quelques semaines avant de revenir dessus. D’autres fois tout s’enchaine, c’est très aléatoire.

Clément Mancini Toile

Récemment tu as participé à l’exposition collective Accords sur une proposition du commissaire d’exposition Thomas Havet. Neuf artistes et sept parfumeurs se sont pris au jeu d’un cadavre exquis olfactif. Peux-tu nous raconter ?

Thomas a écrit un texte et l’a transmis à un nez. Le nez a ensuite imaginé un parfum qu’il a donné à un artiste qui lui même a créé une œuvre par rapport à l’odeur puis l’a proposé à un nez – et ainsi de suite. Lors de l’exposition les visiteurs étaient ensuite invités à passer de l’odeur à l’image. J’ai beaucoup aimé me prêter à l’expérience même si c’était loin d’être évident pour moi. Le parfum sur lequel je suis tombé ne me plaisait pas du tout. Je le trouvais fort et agressif. Puis les jours ont passé et l’odeur m’est apparue plus fruitée et plus douce et j’ai fini par créer une toile.

Interview : Alice Lahana

Crédits photo: Clément Mancini

https://www.instagram.com/clement.mancini/

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© L’Observatoire Magazine – 2019

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