côme clérino

matières brutes

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Les pièces de Côme Clérino nous invitent à l’introspection. La ville est sa matière première, il en extrait des matériaux bruts, provenant de chantiers, des affiches déchirées ou encore des objets abandonnés. Il archive les murs par la photographie et retrace dans son carnet ses déambulations, aussi bien par le dessin que par l’écrit. Côme Clérino traverse les disciplines et apprivoise les médiums avec une sensibilité rare. Par sa boulimie créative, ce jeune artiste abat les frontières entre les arts et invente à chaque découverte de nouveaux lexiques. Il nous accueille aujourd’hui dans son atelier partagé à Pantin.

Ces déambulations sont-elles préméditées?

Je n’ai pas en tête un processus établi que je viendrais répéter à chaque nouvelle création. Je parcours beaucoup la ville mais pas dans l’intention de collecter des éléments ou de prendre en photographie des murs. Ces découvertes s’intègrent de façon hasardeuse à mon quotidien, elles viennent ponctuer des moments de vie. Ce qui nourrit particulièrement mon travail, ce sont les rencontres notamment les dialogues avec d’autres artistes. Un ami, Victor Levai, m’a par exemple initié à la céramique. C’est un tout autre langage. Découvrir ce médium m’a permit de m’exprimer autrement.

Qu’est-ce qui t’attire dans la céramique ?

Je suis fasciné par le rendu de l’émail. C’est une pratique qui repose sur le hasard. On ne peut jamais savoir ce à quoi l’objet ressemblera une fois sorti du four. Dans mon travail, c’est quelque chose qui transparait. Je collecte, je projette une idée sur mon carnet mais très souvent, une fois que je passe à la réalisation, je ne contrôle plus vraiment les matériaux. Je dois faire face par exemple à la friabilité de certaines matières ou au caractère poreux d’autres.

Tu as aussi imaginé une série d’impression sur des vestes et des blouses de femme. Dans ce projet, le vêtement semble servir de surface de projection.

Oui, c’était en collaboration avec une amie qui travaille dans la mode. C’était une façon d’imaginer ces dessins en mouvement, de les faire vivre autrement. On pense développer de nouveaux modèles, mais cette fois-ci en exploitant d’autres matériaux que le tissu. L’idée ce serait d’imprimer des motifs sur de la bâche ou du latex et de les associer à d’autres textures comme de la mousse expansive par exemple. Dans ce contexte, le corps apparaîtrait comme un support. Il nous offrirait une autre définition de ces dessins et de ces matériaux.

Tes pièces racontent-elles des histoires ?

Je pense que l’histoire est propre à chaque visiteur. Il y a des matériaux qui vont m’atteindre par leurs textures, par leurs formes mais surtout par ce qu’ils évoquent. Le crépis par exemple me rappelle la maison familiale de chez mes grands parents. Pour d’autres cela ne suscitera rien. Je ne souhaite pas que mes pièces soient particulièrement narratives, mais je veux laisser libre le spectateur de projeter une histoire dessus. J’aimerais que les visiteurs perçoivent mes pièces de la même manière que je perçois celles des autres. Je préfère vivre l’œuvre de façon frontale, sans me préoccuper de son histoire ou du discours qui graviterait autour. Je pense par exemple à la danse de Pina Bauch. Les enchaînements de mouvement des danseurs me provoquent des émotions, l’histoire au fond m’importe peu.

Quelle place occupe la photographie dans ton travail ?

C’est étrange, j’ai du mal à voir mes photographies comme quelque chose d’abouti. Il m’est arrivé une seule fois de les exposer mais je les voyais plus comme des liens de médiation que comme des œuvres. Elles sont intimement liées à ma recherche. Elles participent au processus plus qu’elles n’en sont le point final.

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L’atelier de Côme Clérino se situe au sein du site provisoire des Grandes Serres à Pantin. L’immensité du lieu a été l’occasion pour ce jeune artiste de réaliser une exposition collective avec des membres de son atelier et des artistes extérieurs. Les œuvres de Camille Benarab-Lopez, Gaëlle Choisne, Gaetano Cunsolo, Rebecca Digne, Vincent Lemaire et Anna Ternon célèbrent l’intime et habitent avec une grande justesse cet espace aux proportions démesurées.

L’exposition est prolongée jusqu’au 5 Avril. Courez.

Fresques réalisées par Come Clérino aux Grandes Serres à Pantin

Côme Clérino

Anna Ternon

Camille Benarab Lopez

Interview: Alice Lahana

Crédits photo: Côme Clérino (1 à 7)

                    Johanna Sephora Benaïnous (8 à 10)

http://www.comeclerino.com/

 

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