Jakob Schnetz

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jakob schnetz photographie

Satire d’un monde du travail au bord de l’implosion, les photographies de l’allemand Jakob Schnetz, frappent par leurs couleurs et leurs compositions aussi détonantes que calibrées. A travers son objectif, Jakob questionne, dénonce, pointe les mécanismes de l’économie capitaliste et installe une atmosphère à la fois troublante et drôle. Fruit d’une longue immersion dans des entreprises « fourmilières » , ses séries People Place Technology et Place of Promise ont été exposées et primées à de multiples reprises, notamment aux Voies Off des Rencontres d’Arles cet été.

portrait serré homme main

Comment as-tu procédé pour convaincre ces personnes de se laisser photographier?

Toute la communication autour de ce projet était établie via la presse ou les bureaux de notations de certaines entreprises. De ce fait, les personnes que je photographiais, étaient non seulement au courant mais avaient donné leur accord en amont. Parfois, je n’avais que quelques heures devant moi pour réaliser les photographies. Il fallait donc que tout soit planifié et organisé à l’avance. Outre la recherche et la communication, le défi consistait à produire des images qui semblaient spontanées dans un environnement contrôlé.

"Décrire ces mécanismes tout en répondant aux commandes, a été un moyen pour moi d’enquêter sur le récit libéral et néo-libéral de la croissance."

costard groupe hommes

Après avoir observé toutes ces années des travailleurs évoluer dans de grandes groupes, dirais-tu qu’il y a une gestuelle type à l’entreprise?

J’ai pu constater une certaine gestuelle du corps, façonnée en effet par la culture d’entreprise, par son contexte et son succès. Dans la série People Place Technology, il s’agissait d’une part pour moi de mettre en exergue cette volonté des entreprises d’augmenter la flexibilité du travail salarié par le mécanisme inhérent à la croissance et, d’autre part, je voulais montrer la manière dont elles maîtrisent leur image et se mettent en scène. Décrire ces mécanismes tout en répondant aux commandes, a été un moyen pour moi d’enquêter sur le récit libéral et néo-libéral de la croissance. J’ai fait face, à travers ce projet, à une grande aliénation et cela m’a fait réaliser à quel point le monde du travail devenait de plus en plus abstrait et complexe.

"Rire et faire rire sur les conditions dans lesquelles nous vivons est à la fois un moyen pour moi de m’en détacher mais aussi de dénoncer."

caféteria salon agriculutre

Tes clichés révèlent un monde calibré, froid et presque effrayant. Pourtant, la plupart d’entre eux déclenchent en nous le rire. La photographie est-elle un moyen pour toi de pointer l’absurde?

Dans ma pratique personnelle, la photographie est un moyen de comprendre des sujets par la recherche et de me positionner. Par l’absurde, je fais passer visuellement mon point de vue critique sur ce qui m’entoure. Mon projet précédent Place Of Promise, qui traitait entre autre du fétichisme, est lui particulièrement satirique. Je ne voyais pas d’autres prismes pour montrer les rituels et les mises en scène de produits dans ces salons sur l’innovation que celui-ci. Rire et faire rire sur les conditions dans lesquelles nous vivons est à la fois un moyen pour moi de m’en détacher mais aussi de dénoncer.

Penses-tu continuer à explorer encore ces sujets?

Pour le moment, je travaille sur deux longs projets d’édition. Dans le premier, j’articule de nouvelles formes visuelles, toujours au sujet de l’économie capitaliste, mais cette fois-ci en concentrant mon regard sur l’action simple de boire de l’eau. J’en suis à l’heure actuelle aux prémices. J’aimerais aussi bien tendre vers une approche journalistique, qu’artistique et pourquoi pas, y intégrer une part de fiction.
La seconde édition sera sur la relation entre mémoire et photographie. Je pense pour cela revenir dans la région où j’ai grandi, la Forêt-Noire.

Interview: Alice Lahana

Crédits photo: Jakob Schnetz

Jakob’s website

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