LilLian Torlen

sur le bord

Vase lilian torlen exposition Oslo

Pour l’artiste norvégienne Lillian Torlen, l’expression prime sur la fonction. Réalisés en série, ses vases s’affaissent et se courbent comme pour s’échapper du lieu pour lequel ils ont été pensés. Un objet émeut rarement, mais ceux là y parviennent. Ils reflètent ce que nous sommes et nous invitent à l’introspection.

"Je suis fascinée par la façon dont les choses (aussi bien que les gens) dialoguent et changent en fonction de leurs environnements."

Vase lilian torlen exposition Oslo

Tes céramiques, par leurs formes tombantes, donnent l’impression qu’elles évoluent lentement sous nos yeux. As-tu en tête cette idée « de temps qui passe » lorsque tu les crées?

Je n’apporte pas tant d’importance à cela – bien qu’au tout début, lorsque j’ai développé les séries Levels of Attachment and Belonging, je me souviens avoir longuement observé les arbres fusionner avec des éléments aux alentours, lorsqu’ils poussent. Je suis fascinée par la façon dont les choses (aussi bien que les gens) dialoguent et changent en fonction de leurs environnements.

En concevant des pièces In Situ, destinées à être détruites à la fin des expositions, j’ai été amené à explorer la question de l’espace et à chercher en quoi le déplacement pouvait apporter un sens à l’objet.
Certaines des céramiques s’intègrent facilement dans de nouveaux lieux, car elles sont conçues pour s’asseoir sur les bords et les coins de meubles. D’autres, plus singulières, n’ont très vite plus leurs places.

"Un vase a des qualités très humaines. Quand on le décrit, on parle de son ventre, de son épaule, de ses lèvres, de son cou, de son pied."

Lilian torlen vase sur étagère exposition oslo

Je les vois pour ma part comme des personnages. Est-ce quelque chose que tu recherches?


Oui, complètement. Un vase a des qualités très humaines. Quand on le décrit, on parle de son ventre, de son épaule, de ses lèvres, de son cou, de son pied. Il peut être très expressif et se prête bien à une interprétation corporelle et psychologique. La première fois que j’ai exposé des vases, j’en ai confectionné quarante huit pour une exposition personnelle à la Format Gallery d’Oslo. Lors du vernissage et tout au long de la période d’exposition, les visiteurs s’amusaient à se comparer aux céramiques. Celles cachées dans un coin, pouvaient être perçues comme timides, d’autres interpellaient par leur équilibre précaire sur un bord. Certaines, adossées contre un mur, donnait une impression de confiance.
Je souhaite que l’on puisse se «connecter» à mes œuvres d’une manière ou d’une autre. L’humour est primordial pour moi, à la fois pour aimer ce que je fais et pour communiquer.

Techniquement, comment procèdes-tu pour confectionner ces vases?




Dans un premier temps, je scrute coin par coin l’espace dans lequel les céramiques vont être exposées. Puis, je prends avec précaution des mesures de chacun des éléments qui constituent le lieu. Ensuite, je me concentre sur les quantités et les mélanges à faire de manière à ce que la pièce une fois cuite, soit parfaitement adaptable au recoin envisagé. Les céramiques rétrécissent à la cuisson, il faut donc procéder à des tests en amont. Souvent, je fabrique des répliques de l’espace d’exposition dans mon atelier de manière à écraser les formes sur les différentes surfaces fictives. Je procède ensuite à un sablage et un glaçage de la pièce puis je croise les doigts sur le chemin de l’exposition, en espérant que mes mesures soient les bonnes!

Sur quoi travailles-tu en ce moment?



J’ai réalisé une série intitulée Annoyingly Dependent Objects. Il s’agit de vingt trois plats pensés spécialement pour l’événement Experimental Gastronomy, organisé par Steinbeisser à Vienne le 5 et 6 octobre. Cette série sera également visible en Novembre à la Format Gallery à Oslo.
Puis en Mars 2020, j’aurais la chance d’exposer à Tegnerforbundet (L’Association du dessin norvégien), aussi à Oslo. Cette fois-ci, je réaliserai une installation In Situ en papier.

plat lilian torlen argile rose

Interview : Alice Lahana

Crédits photo: Lillian Torlen

Lilian’s Instagram

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© L’Observatoire Magazine – 2019

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