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spatialité

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Mark Redele, architecte de formation puis artiste plasticien questionne notre rapport à la spatialité et déploie avec habilité un travail plastique à la fois tangible et astral.

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J’ai lu que tu considéres tes oeuvres comme une série de réalités et qu’il était nécessaire d’entrer dans un moment d’observation pour déterminer si ces réalités étaient à notre disposition ou non. Qu’attends tu de celui qui observe?



Quand je parle de réalité j’entends par là, un cadre à l’intérieur duquel le sujet et l’objet se soumettent à certaines conditions et vivent à travers elles. Prenons l’exemple du tapis. Le contexte domestique mais aussi des milliers d’années d’éléments architecturaux se révèlent par l’objet. Ils prennent place à travers lui et par ce fait, prennent place dans l’espace. Le tapis lui prend place par le simple fait d’être étalé sur le sol. On pourra me dire «  Tu joues avec les mots » mais je veux simplement démontrer à quel point le langage peut s’entremêler avec notre relation à l’espace. Ce que j’appelle réalité c’est cette interaction entre l’objet et le sujet lorsqu’ils prennent place dans l’espace et ce que j’attends de l’observateur est qu’il se questionne sur cette interaction.

Ton travail est-il un appel à la contemplation?



Je propose dans mon travail une approche dans laquelle je vous demande votre attention, afin de savoir ce que les choses, les matériaux, les formes et la langue exigent de vous. Mais ce n’est pas seulement vous qui êtes interrogés, ce sont les choses, les matériaux, les formes et le langage qui sont également interrogés. On leur demande de se manifester, de se montrer.

Ce qui n’est pas demandé à qui que ce soit ou à quoi que ce soit ici, c’est d’être une chaise, une table ou peut-être une maison avec piscine.

Les matériaux sont modelés, modifiés, colorés, maitrisés. Il y a t-il un désir de créer la marque d’une réalité culturelle?



Le langage est une condition au contenu et le contenu une condition au langage, ils sont inséparables de mon point de vue. Je recherche un langage qui évoque l’architecture de façon implicite parfois et explicite d’autres fois et ce dans un trajet spatial. Je manipule le langage, le forme, le déforme et quand il se révèle, le contenu vient avec. Je propose que l’on s’attarde sur le Brass Carpet, une pièce que j’ai réalisé en 2014 au Sandberg Instituut.  J’ai réalisé cette pièce dans le cadre d’un programme intitulé Studio For Immediate Spaces, dirigé par Anne Holtrop.
Le point de départ était la paire de tapis persans Ardabil exposée en ce moment même au Victoria and Albert Museum à Londres. Le tapis en tant qu’objet en général m’intéressait en raison de sa qualité architecturale. J’ai ensuite découvert que le tapis Ardabil est l’un des tapis les plus connus, les plus précieux, les plus grands et les plus beaux. Toutes ces qualités m’ont paru extrêmes dans cet objet par rapport à son état de prototype. C’était une pièce de tissu posée sur le sol réclamant simplement de l’espace.
J’ai redessiné minutieusement tous les motifs du tapis, je l’ai redimensionné et l’ai transféré sur une pièce de laiton, un matériau complètement différent. Je ne l’ai pas pensé comme une finalité, ni comme un moyen de réaliser un objet utile. En passant par ces différents procédés cela me donnait l’impression que certains potentiels s’ouvraient, que des qualités devenaient apparentes et qu’un contenu inconnu prenait vie. Je veux que ce contenu sorte de lui même sans que j’essaye de le définir, sans le forcer à entrer dans une catégorie ou une fonction.


Dans ton processus de création, as-tu pour objectif de concevoir une architecture abstraite?



Je m’intéresse à ce qui se trouve au-delà de ce qui est établi ou familier dans l’architecture et je propose des réalités qui rompent avec la tradition ou la présupposition et embrassent les potentiels et la multiplicité. Certaines sont plus évidentes que d’autres, telles que la primauté du bâtiment ou la primauté du sujet humain en architecture – la présomption qu’un corps humain doit habiter et conquérir l’architecture. Tandis que si vous y réfléchissez, vous n’occupez que quelques dizaines de bâtiment au cours de votre vie et tout ce qui a une substance ou une qualité architecturale se présente sous forme d’anecdotes, de rêves, de stimuli visuels et autres. Je me méfie généralement du mot « abstrait » parce qu’il suppose une hiérarchie. Il dit, il y a l’architecture réelle et puis il y a le reste, ce qui n’est pas réel. Cela dit, je suis également très intéressé par l’objet «  bâtiment » et j’ai hâte de pouvoir créer un projet architectural à l’échelle conventionnelle. Je le vois comme une chance de problématiser les qualités classiques de l’architecture. Les notions de fonction, d’utilité, de programme et de formes de commande sont extrêmement intéressantes en ce qui concerne l’échelle du bâtiment.

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Sur quoi travailles-tu en ce moment?

Je travaille sur un plus grand projet qui prendra la forme d’une publication collective. C’est une publication qui est proposée comme une construction spatiale en tant que telle. Elle rassemblera une série de travaux de différents contributeurs et aura pour objectif de rendre compte d’une réalité architecturale implicite. J’ai proposé à un photographe, un écrivain et un graphiste de travailler selon une méthode similaire à celle d’une construction de bâtiments où chaque discipline avance un contenu qui n’est pas nécessairement maitrisé par les autres. Des murs sont posés, des cadres de bois sont assemblés, des fondations sont coulées, mais ce n’est que lorsque l’on voit ces choses ensemble que nous pouvons saisir l’objet « Maison ».

C’est extrêmement excitant pour moi de voir cela devenir une réalité puisque c’est peut-être la chose la plus enrichissante sur laquelle j’ai travaillé ces dernières années. 
Parallèlement, je réalise des moulages de murs en porcelaine sur lesquels on peut percevoir l’empreinte d’un placage de pin. Lorsque ces éléments passent par le processus de cuisson, ils fondent et se déforment et les déformations sont capturées dans le résultat final.

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Interview: Alice Lahana

Crédits photo: Mark Redele

                    (photographie 2 par Benita Marcussen)

http://markredele.com/

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