Nika Neelova

architecture collective

Originaire de Moscou, l’artiste londonienne Nika Neelova recourt à l’installation et la sculpture pour explorer les relations entre corps humain et espaces architecturaux. Par ce qu’elle définit comme de l’archéologie inversée  , elle détourne l’objet pour en extraire son sens premier et entrevoit la ruine comme marqueur d’une civilisation.

"Certains des matériaux que j'ai utilisé proviennent de bâtiments démolis dans les alentours. Ils évoquent l'idée d'un passé architectural collectif."

Tu exposes actuellement au Tetley, une galerie d’art contemporain connue pour son architecture Art Déco. Comment as-tu procédé pour t’approprier le lieu ?

Ca a été pour moi à la fois un privilège et un défi. J’ai conçu la plupart des pièces en gardant à l’esprit la notion d’espace et d’architecture. Certains des matériaux que j’ai utilisé proviennent de bâtiments démolis dans les alentours. Ils évoquent l’idée d’un passé architectural collectif. C’était fascinant d’essayer de rassembler ces fragments d’architecture. Ce sont pour moi des témoins de l’Histoire. L’installation APART située dans l’ancien atrium du Tetley a été presque entièrement réalisée avec des matériaux récupérés lors de la restauration du bâtiment, il y a quelques années. Ceux-ci évoquent la transformation qui s’est produite de l’atrium à l’espace de galerie. En retournant le parquet originel et en révélant les parties en bitume noircies par le temps, j’ai voulu projeter le spectateur dans un paysage en ruine.

Le bois est très présent dans ta pratique. Que représente t-il pour toi  ?

Je perçois le bois comme un matériau qui garde l’empreinte du geste de l’Homme et qui absorbe son environnement. J’avais en tête cela lorsque j’ai réalisé la série de sculptures Lemniscate. Chaque sculpture est composée de deux rampes d’escalier en bois. Ces objets sont à l’origine conçus spécifiquement de manière à tenir dans la paume de la main. Ils ont été fabriqués par les mains de l’Homme il y a plus de cent ans et ont passé le siècle suivant à interagir avec d’autres mains. Leurs surfaces, altérées par le temps et le toucher, collectent de microscopiques morceaux de peaux. Chaque sculpture porte l’ADN de centaines de personnes et s’offre à nous comme un portrait collectif. Cette relation entre la peau et le bois évoque le lien entre une personne et un bâtiment et suggère une continuité qui traverse le corps humain, l’architecture et l’espace.

Nika Neelova Sculpture en bois - rampes d'escalier

Fragments shored against the ruins évoque un monde détruit . L’oeuvre semble figée et flotte dans l’espace. Pourtant, en l’observant, on pourrait presque entendre le craquement du sol et la chute des éléments. Recherchais-tu cela ?

Oui, absolument. J’ai toujours été captivée par les ruines. Pendant longtemps, elles ont été associées à la chute des pierres, vulnérables face à la pourriture, l’entropie et la gravité. Sorti de son environnement et déconstruit, le parquet en chevron traditionnel s’effondre et nous apparaît de façon anthropomorphique. Cette image sert de projection au spectateur, qui peut alors imaginer les conditions futures de l’espace qu’il occupe.

"En archéologie on étudie le passé en examinant les vestiges. Dans mon travail, je cherche à les transformer et leur imaginer une place dans l'Histoire."

Pour décrire ton processus, tu utilises les termes archéologie inversée. Pourrais-tu nous en dire plus  ?

Si l’archéologie concerne l’étude de l’Histoire de l’Homme à travers l’analyse d’objets et de leurs fonctionnalités, l’archéologie inversée consiste pour moi à penser une histoire alternative en dépouillant et en libérant les objets de leurs fonctions premières.
En archéologie on étudie le passé en examinant les vestiges. Dans mon travail, je cherche à les transformer et leur imaginer une place dans l’Histoire. La notion d’excavation est également très présente dans mon processus – qu’il s’agisse de supprimer des couches de l’histoire pour découvrir ce qui se trouve en dessous, de dévoiler les faces cachées d’un objet, d’évacuer des propriétés acquises ou encore de trouver des fragments architecturaux abandonnés.

nika neelova installation Tetley
Nika Neelova installation Teytley

Interview : Alice Lahana

Crédits photo: Jules Lister & The Tetley

http://www.nikaneelova.com/

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