Onno Adriaanse

Un entre deux

Onno Adriaanse tabouret pieds or

Il se voit comme un artiste fonctionnel – ou plutôt comme un sculpteur-designer. Par des processus manuels et des expérimentations sur des matériaux variés, l’Hollandais Onno Adriaanse questionne les frontières entre l’Art et le Design.  L’Observatoire a voulu en savoir plus sur sa signature.

"Si je trouve une nouvelle idée ou technique, je peux immédiatement la mettre en pratique. C'est un luxe."

Tout d’abord, peux-tu nous parler de ton espace de travail?

Je partage un atelier avec sept autres designers. J’ai beaucoup de chance, je ne suis jamais seul, j’ai toujours quelqu’un avec qui échanger. Tout le monde a son domaine d’expertise, c’est très stimulant. Comme il s’agit d’un atelier bien équipé, j’ai la liberté d’expérimenter pleinement les matériaux. Si je trouve une nouvelle idée ou technique, je peux immédiatement la mettre en pratique. C’est un luxe.

Actuellement, je termine une console pour une galerie. Elle est faite de chêne noirci combiné avec des résidus. Je procède à la coloration en utilisant l’acide présente dans le bois. Cet acide tannique peut être extrait en frottant le bois simplement avec du thé. Ensuite, j’applique un mélange de vinaigre et de laine d’acier. En quelques minutes, cela devient noir, mais on peut toujours percevoir les fibres.

"j'ai travaillé avec de la mousse, jusqu'à ce que je devienne «le gars qui fait des objets en mousse."

Tu expérimentes un matériau jusqu’à ce qu’il n’ait plus de secret pour toi.

Absolument. Mais je ne veux pas non plus me concentrer sur un seul matériau. J’ai obtenu mon diplôme en 2016 en présentant une installation lumineuse. J’ai continué à faire des projets similaires après. Mais très vite je suis devenu  « le gars qui fait des trucs qui se branchent». Puis, j’ai travaillé avec de la mousse, jusqu’à ce que je devienne «le gars qui fait des objets en mousse». Cela ne me plaisait pas non plus. C’est important quand un design est reconnaissable au monde extérieur, quand on peut l’identifier mais je viens tout juste de recevoir mon diplôme et pour le moment, j’aimerais pouvoir développer une pensée, explorer de nouvelles techniques et de nouveaux matériaux sans être classé.

Tu as également fait des études de sciences sociales pendant un certain temps. Pourquoi as tu finalement intégré l’École d’Eindhoven  ?

A vrai dire, j’avais déjà commencé à étudier à Eindhoven, mais j’avais été confronté à une absence d’engagement social. Tout le monde était tellement pris dans la bulle du design et naïf envers ce qui se passait dehors. Ils parlaient tous de «concevoir pour la société» sans vraiment savoir ce que cela signifiait. J’étais frustré, je voulais comprendre les sciences sociales. Mais, au bout d’un an, j’ai finalement repris les études à Eindhoven, réalisant que c’était ce qui me plaisait. Cependant, je suis très heureux d’avoir eu la chance de découvrir autre chose pendant quelques temps. Sans cette expérience, je n’aurais probablement pas pu terminer l’école.

Ta pratique repose t-elle sur un processus intellectuel ou émotionnel?

Certainement émotionnel. Je travaille de manière très intuitive. Je préfère que les choses ne soient pas figées et que le design apparaisse au cours de la création.  Je ne me considère pas spécialement comme un sculpteur mais je crois que j’en suis un de temps en temps. Parfois ceux avec qui je partage le studio m’observent, alors que je suis tranquillement assis face à un bloc de mousse. J’essaye de visualiser une forme et je reste là sans bouger.

C’est une attitude que l’on apparente souvent au métier de designer. Je n’aime pas vraiment ce mot. Récemment j’ai décidé que j’étais un artiste fonctionnel, parce que je fabrique des objets fonctionnels mais la fonction n’est pas toujours l’aspect le plus important. J’aime aussi l’idée d’être un sculpteur-designer. Dans tous les cas, c’est quelque chose que j’aimerais approfondir.

étagère Onno adriaanse

Interview : Suzan Van Borkum

Crédits photo: Onno Adriaanse (1,5,6)

                    Ronald Smits (2,3,4)

http://www.onnoadriaanse.nl/

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