pauline cordier

formes en scène

flot fluyant pauline cordier

Récemment exposante au Salon de Montrouge, l’artiste Pauline Cordier déploie un travail sculptural autour du langage et de l’espace. Ses pièces, aussi narratives les unes que les autres, frappent les esprits par leurs caractères incongrus et nous entraînent dans un monde chargé de dissonances.

Les noms des pièces sont pour le moins énigmatiques. L’ensemble des trois sculptures présenté au Salon de Montrouge s’intitule par exemple RENREN JELOUX. D’où viennent ces mots?

Comme méthode de travail, je dessine des formes qui établissent un corpus d’éléments envisageables. Je les nomme par exemple ; XER, SER, AUR, HOL..
Les combinaisons des trois lettres qui composent ces noms n’ont aucun lien avec des mots, des préfixes ou suffixes de la langue française. Ce sont des lettres qui se succèdent, des combinaisons aléatoires qui n’obéissent à aucune règle.
Les formes composent ensuite une phrase sculpturale. Celles retenues pour le Salon de Montrouge ont été JEL, OUX, REN et REN. Ce qui a ensuite donné naissance à la phrase sculpturale; RENREN JELOUX. Le rythme est pour moi important.  Ces lettres qui se suivent ne ressemblent pas exactement à des mots réels. Elles semblent appartenir au langage ordinaire mais avec ce qu’il comporte d’arbitraire.

"Ma recherche plastique considère le lieu comme étant un élément traduit par la sculpture."

L’espace d’exposition est-il pour toi un lieu de narration?


Oui. Ma recherche plastique considère le lieu comme étant un élément traduit par la sculpture. Cette recherche tend à concevoir un langage sculptural qui serait l’expression d’une situation dans l’espace. Je tente d’explorer les caractéristiques spécifiques de l’espace qui m’est proposé au moment où je réalise les formes. Je cherche également à faire parler ce lieu, à signaler des choses déjà présentes. L’espace d’exposition est donc pour moi un élément important mais la possibilité qu’il puisse prendre la parole et s’énoncer me préoccupe encore davantage.

Ce qui vient à l’esprit lorsque l’on se confronte à tes sculptures, c’est la sensation de faire face à un théâtre de l’absurde. Est-ce quelque chose que tu cherches à développer?

Je trouve très intéressant le parallèle que tu fais avec le théâtre de l’absurde. Ce n’est pas quelque chose que j’ai cherché à développer mais il y a, avec du recul, des analogies.
Les sculptures que je réalise peuvent être pensées comme des témoins qui agiraient en tant que filtre de perception de notre monde. Un peu comme si mes formes étaient dans leurs « aires » spécifiques et s’exprimaient sans s’occuper des conventions linguistiques, comme si elles cherchaient à en inventer d’autres, dégageant une certaine lisibilité au travers du visible.

Des contrastes s’opèrent de manière perpétuelle dans chacune de tes pièces, qu’il s’agisse de matières, de couleurs ou de symboles. S’agit-il pour toi de révéler une dissonance?

Les contrastes sont en effet des éléments très présents dans mes recherches. Je les travaille pour arriver à une nouvelle forme d’équilibre physique, d’équilibre formel. Il est possible de révéler à l’origine une dissonance mais ces éléments se contaminent et s’accordent ensuite, usant de la mise en relation pour faire émerger une nouvelle clef de lecture, intégrée à son nouveau contexte. Un jeu d’équilibre se met alors en place et ce quelque soit les contraintes externes.

Interview : Alice Lahana

 

3 ème photo: Exposition collective, Installation de Félix Robin sur les murs

 

Crédits photo: Pauline Cordier

 

https://paulinecordier.com/

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© L’Observatoire Magazine – 2019

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