salima zahi

les anecdotes

Salima Zahi, jeune designer,  opère un premier virage dans sa pratique lors dʼun échange en Estonie où elle découvre le travail de la céramique.
 Qualifiés « dʼanecdoctes » par la créatrice, ses objets épurés nous invitent à questionner leurs fonctions et à penser nos besoins. En juillet dernier, un comité de la ville de Pantin propose à Salima Zahi une place dans lʼun de ses locaux. Elle nous reçoit aujourdʼhui dans lʼatelier qui lui a été attribué pour nous faire découvrir ses expérimentations.
Céramiques blanches collection
Pendant tes études à Saint Etienne, tu as réalisé un échange à lʼétranger en Estonie.
 
Oui jʼai été très attirée par le programme que lʼécole proposait là-bas. Contrairement à l’école de Design de Saint Etienne, ils étaient plus attachés au travail en atelier, à lʼexpérimentation de la matière. Il y avait une infinité de disciplines – tapisserie, métallurgie, menuiserie.. Ca faisait un petit moment que je mʼintéressais à la céramique et cʼest là bas que jʼai découvert cet artisanat.
 On produisait tout le temps. Le dessin nʼétait pas si présent, il sʼagissait de développer un imaginaire par lʼexploration de la matière.
 
Quʼest-ce qui tʼas attiré dans la céramique?
 
Il y a quelque chose de très apaisant dans cette pratique. Quand jʼétais en Estonie, je passais mes journées et mes nuits dans lʼécole. Cʼest une pratique qui te transporte hors du temps. Ce que jʼaime aussi, cʼest lʼaléatoire. Je ne sais jamais vraiment si je vais obtenir la forme que jʼai en tête et très souvent le résultat final diffère.
La question du temps dans cette discipline est très présente. Il y a dʼabord cette phase dʼexpérimentation qui demande de multiples étapes puis les temps de séchage, les temps de cuisson. Tout ça, jʼimagine tʼamène à entrevoir le temps autrement?
 
Oui complètement. Déjà parce que de lʼextérieur on ne se rend pas bien compte du travail qui est effectué, on a lʼimpression quʼil y a quelque chose de mécanique, comme si au fond une fois mise en place la production se faisait dʼelle même. Pour un céramiste cʼest une difficulté parce quʼil faut justifier un prix, donc un temps de travail et parfois ça peut paraitre en dehors des réalités pour certains. Ensuite, il y a les contraintes de séchage et de cuisson qui font que le processus va sʼétendre dans le temps. Et enfin, le travail de la matière fait quʼen tant quʼartisan si on veut pouvoir la maîtriser on doit accepter de prendre son temps.
Pour arriver à un objet fini tu dirais quʼil faut combien dʼétapes?
 
Alors..Coulage, nettoyage, 1ere cuisson, ponçage, émaillage,  nettoyage, 2 ème cuisson… Et encore cʼest pour un seul « morceaux » – chaque élément ajouté va demander le même processus, sans compter les étapes de collages pour faire fusionner le tout.
 
Comment définirais-tu ta collection dʼobjet?
 
Je cherche à réaliser des objets épurés, légers, qui se fondent dans lʼespace. Jʼaime me dire quʼil y a une infinité de variantes possibles avec seulement quelques formes. Il y a aussi un jeu de textures dans cette collection, certaines parties sont émaillées, dʼautres non. Ce sont aussi des objets dont la fonction première peut varier en fonction de celui ou celle qui les possède. Certains vont les voir comme des contenants dʼautres vont avoir tendance à les renverser et à y voir des présentoirs.

Selon toi, plus lʼobjet tend vers lʼépure plus la projection est possible?

Oui. Mais parfois ça bloque… Jʼai rencontré des personnes qui face à lʼobjet se demandaient vraiment ce que pouvait être sa fonction. A la fois cʼest une épure qui permet de tendre vers un imaginaire et à la fois cette absence de fonction pré-définie peut être perturbante chez certains. Mais au fond, jʼaime assez bien cette balance quʼil peut y avoir entre lʼobjet usuel et lʼobjet sculpture.

Interview: Alice Lahana

Crédits photo: Salima Zahi

https://www.instagram.com/salima_zahi/

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