dans son regard

quand le photographe raconte

Simon lehner

men don't play

solder showering Simon lehner

Jeune photographe autrichien, Simon Lehner explore le concept d’hyper-masculinité à travers sa série Men don’t play.
Fruit d’une longue immersion dans des camps de simulation de guerre en Hongrie, son projet nous transporte dans un monde brouillé, où les hommes en quête d’identité mesurent leurs niveaux de virilité dans l’épuisement et la poussière.
L’Observatoire a sélectionné huit tirages de la série Men Don’t Play et a proposé au photographe de nous en dire quelques mots. Simon Lehner s’est pris au jeu.

Pink smoke simon lehner

Pink tactical smoke, 2017

« La plupart des évènements auxquels j’ai assisté ont eu lieu sur d’anciennes bases militaires soviétiques. Certains de ces évènements sont parfois sponsorisés par l’armée nationale. Comme il s’agit de très grandes simulations de tactiques militaires et de combats, ils recouraient à de la fumée de grenade pour camoufler certaines manœuvres. Le plus drôle, c’est qu’ils utilisaient principalement du rose et du bleu, des couleurs qui pour eux symbolisent leur masculinité, thème central de leurs rencontres. »

bravery test with knife simon lehner

Bravery test with knife, 2018

« Dès le début, j’ai pris conscience de la manière dont la masculinité était systématiquement exagérée et idéalisée. Il y avait des compétitions de bravoure, des tests entre les hommes pour savoir qui était le plus fort ou le plus viril. Mais je constatais souvent qu’au bout de plusieurs heures, les masques tombés, et leur vulnérabilité se manifestait par l’épuisement et la peur. Sur les champs de batailles, les hommes blessés n’arrivaient plus à retenir leur sensibilité. »

solder vaping simon lehner

Soldier vaping, 2018

« La nuit, la plupart des attaques avaient lieu sur les bases militaires. Des chants de guerre arabes étaient diffusés à fond dans les hauts parleurs pour empêcher les hommes de dormir. Toutes les heures, des grenades, des bombes kamikazes et des fusées éclairantes illuminaient la nuit. »

Thermal drone image (potential Terrorist with explosive belt), 2018

« 
Des drones à vision thermique étaient utilisés pour simuler des situations de guerre, dans le but de brouiller encore plus la frontière entre réalité et fiction. C’était irréel d’assister à ce genre de simulations. Plus l’évènement dure, plus on se laisse aspirer dans une nouvelle zone mentale où seules les intuitions règnent. On se met à croire ce que l’on voit. »

Bullet study I / Basic instinct, 2017 Photograph with 3D Rendering,

« Les images 3D que je génère et que j’insère dans ma série rappellent les jeux vidéos tout en nous apparaissant comme des images réelles. A travers elles, je questionne les dérives potentielles de la technologie. Nous avons la capacité de transformer des évènements fictifs en des réalités supposées légitimes. »

solder showering Simon lehner

Soldiers showering, 2018

« En raison de la durée des évènements – très souvent plus de 50 heures de guerre sans interruption – les frontières entre réalité et fiction se dissipent de plus en plus. Une nouvelle forme de réalité sociale nait au fil du temps. Au bout d’un moment, il devient difficile de discerner la violence simulée de celle qui ne l’est pas. Une fois revenu à la vie réelle, les jours me paraissaient extrêmement ennuyeux, comparés à ce qui se passait sur ces champs de bataille, où l’on expérimentait constamment d’immenses poussées d’adrénaline. »

lettre jarhead

Day of Jarhead, 2018



« Sur cette photographie, on voit une liste de règles empruntées au film hollywoodien Jarhead. C’est une sorte de manifeste que les hommes sur place suivent plus ou moins. Pendant les patrouilles de nuit, j’ai essayé de bavarder un peu avec l’un des soldats. Je voulais en savoir plus sur les cages de combat, sachant qu’il s’y connaissait, mais il m’a simplement répondu : « Les marines ne parlent pas de ça. » et a très rapidement ramené notre conversation à la guerre. »

simon lehner self portrait

Self portrait XII, 2018



« Déjà dans mon enfance je me questionnais sur la manière dont on idéalise la figure de l’homme, notamment à la télévision ou dans les magazines. Au début du projet Men don’t play en 2013, j’ai été traversé par tous ces questionnements à nouveau et j’ai cherché ce qu’était mon identité en tant qu’homme. J’ai commencé à essayer de comprendre en quoi ces images idéalisées ne correspondaient pas à ma manière d’être. Il n’y avait pas d’homme à la maison quand j’étais petit. Je n’avais pas de référence de la masculinité et je me demandais si d’autres hommes ressentaient aussi la même vulnérabilité et les même émotions que moi. Etrangement, j’ai découvert cette complexité dans la sous-culture. »

 

Texte: Alice Lahana & Simon Lehner

Crédits photo: Simon Lehner

http://www.simon-lehner.com/

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