sutera

umberto coa

umberto coa photographie série Sutera, garçon sur moto

La jeune photographie européenne est à l’honneur au 104 , qui accueille jusqu’au 30 juin l’incontournable festival Circulations. Parmi les exposants, on se laisse surprendre par le travail de l’Italien Umberto Coa. Non dite che siamo pochi, (Ne dites pas que nous sommes peu), est le fruit d’une rencontre entre le photographe et un anarchiste dans une campagne prés de Lyon. Umberto Coa entame un travail d’archive suite à la découverte d’articles de journaux, d’images et d’objets collectés pendant de longue années par l’anarchiste. Parallèlement à cet hommage, le jeune photographe développe depuis maintenant trois ans, une série de photographies, Sutera, qui retrace le quotidien des habitants d’un village Sicilien en voie de perdition.

Dans ta série Sutera, les habitants semblent à la fois pudiques et fiers. Quel souvenir gardes-tu de ces rencontres ?

Je continue de maintenir des liens très forts avec les habitants de Sutera et des environs et je garde beaucoup de souvenirs de cette immersion. C’est un village fier de ses spécificités, ouvert aux rencontres bien que fragile sur le plan démographique. Ce projet m’a permis de m’enrichir aussi bien humainement qu’artistiquement et ce grâce à la communauté qui m’a accueilli. Sutera continuera d’être pour moi un lieu d’expérimentation et un environnement où développer de nouveaux projets.

Combien de temps es-tu resté sur place ?

C’est difficile à dire. J’ai connu Sutera pour la première fois pendant l’hiver 2015. J’étais curieux de découvrir une de ces micro régions de la Sicile centrale. Bien que proche de la ville où je vivais, Palerme, c’était une région qui m’était complètement inconnue.
C’est un ensemble de villages plus ou moins grands, reliés les uns aux autres, tous marqués par une identité culturelle forte, propre à la ruralité sicilienne. Parmi tous ces villages, j’ai décidé de porter mon regard sur Sutera. J’y ai d’abord passé une semaine et puis, un an plus tard, j’ai pris la décision de concrétiser ce projet.


portrait d'un homme avec sa camionnette au bord de la route, sutera, Italie. Paysage pleine. Par Umberto Coa

J’ai demandé de l’aide à l’administration communale. Il n’y avait pas de fonds pour soutenir mon projet. En revanche, le village regorgeait de maisons vacantes et la mairie pouvait m’en attribuer une, le temps de mon immersion.
Pendant cette période, j’habitais à Florence et j’essayais de retourner en Sicile au moins une fois par mois. Puis, j’ai passé tout l’été à Sutera, j’y ai organisé des expositions et des ateliers de photographie pour enfants.

Non dite che siamo pochi retrace des moments de vie d’un anarchiste – La série Sutera nous présente un village isolé de tout. La photographie est-elle un moyen pour toi de rendre visible l’irréductible ?

Pour le moment, la photographie est plus un moyen pour moi d’accéder à une connaissance qu’un outil qui permettrait de rendre visible quelque chose.
Chacun de mes travaux suit un parcours différent, chaque thème nécessite une nouvelle approche. Les recherches occupent une place importante dans mon processus, mais n’en constituent pas toujours le point de départ. Pour Sutera, c’était au début complètement instinctif. 
Je ne sais pas si l’irréductible peut rapprocher ces deux séries, au fond si différentes.
Cependant, il est vrai que je suis attiré par des microcosmes sociaux, géographiques et culturels qui se positionnent de manière dialectique, quelques fois en opposition même avec le macro-contexte dans lequel ils sont inscrits.

portrait d'un homme fumant une cigarette sur un lit. Umberto Coa

Tu vis désormais en France; pour autant l’Italie reste un sujet central dans tes recherches. Elle est aujourd’hui frappée par les bouleversements démographiques et la montée de l’extrémisme. Quel regard portes-tu sur tout cela ? Vivre en dehors de ton pays d’origine te permet-il d’appréhender cette violence avec distance ?

Je pense que ces problématiques ne se limitent pas uniquement à l’Italie. Mais il est vrai que dans ce pays, tout est plus accentué en ce moment.
Le sud de L’Italie a souvent été perçu comme la seule région touchée par les bouleversements démographique et l’émigration des jeunes, mais aujourd’hui cela concernent tout le territoire. 
La montée de l’extrême droite, quant à elle, est un phénomène qui touche beaucoup de pays occidentaux. En Italie, nous assistons à la création d’un lien toujours plus fort entre la violence concrète des petites organisations néo-fascistes et l’autoritarisme de l’extrême droite institutionnelle. Celle-ci, aujourd’hui au pouvoir, diffuse à grande échelle un message de peur et de haine qui donne une légitimité à toutes les formes de discrimination. 
Ce qui me préoccupe le plus, c’est qu’une bonne partie de la population continue de croire à la narration de cette idéologie de la violence en la considérant comme le seul éléments de rupture possible avec un modèle économique et social injuste et oppressif.

Interview: Alice Lahana

Crédits photo: Umberto Coa

autres articles

Clément Mancini toile

Apprivoiser la matière

Habité par un besoin constant de détourner la matière, le jeune peintre Clément Mancini parvient à en expérimenter toutes les facettes en s’imposant un laisser-aller. Quand il n’accumule pas les éléments les…

une

Regards croisés, Episode 2

Durant les beaux jours, de la Design Parade à la Paradis Design Week en passant par la Biennale de Vallauris, on pouvait voir exposé de nombreuses œuvres des Cumulables tels que le vase Brick de Constant Clesse, les installations architecturales d’Emmanuelle Roule ou encore Vestiges du Studio Baptiste&Jaina…

Flensted-Mouritzen-Reform2018-Design-Studio-Copenhague

la maitrise du hasard

Après des études en Angleterre à la Central Saint Martins, Troels Flensted crée son propre studio en 2015, dans sa ville d’origine à Copenhague. Il explore par des processus singuliers et artisanaux…

© L’Observatoire Magazine – 2019

Fermer le menu